Les bruits typiques du mexique, quand les oreilles découvrent avant les yeux

15 octobre 2025

Le Mexique, un pays qui s’écoute autant qu’il se regarde

Dans l’imaginaire collectif, le Mexique est un mélange de couleurs bariolées, de saveurs épicées et d’odeurs de viandes grillées. Mais le Mexique se parcourt aussi avec des oreilles avisées. Nous, français, vivons plus dans une société qui prône le calme dans les espaces publics. Ce n’est pas le cas de nombreux pays dans le monde, nottamment le Mexique. Après cette escapade auditive, et avant votre votre prochain voyage, vous pourrez dormir sur vos deux oreilles ou pas.

Los camotes


Vous vous baladez à la tombée de la nuit dans les rues de la capitale « Mexico » et au loin, vous entendez un sifflement strident qui vous est inconnu. Non ce n’est pas un train qui fonce sur vous mais un vendeur de camotes.

Mais qu’est ce que c’est que le camote et pourquoi ce sifflement si caractéristique ? Au Mexique, les camotes sont de délicieuses patates douces cuites à la vapeur. Elles sont souvent servies avec du lait concentré, de la confiture ou même de la cannelle. Un vrai délice.

Quant au sifflement, il provient du charriot en métal transporté par le vendeur pour préparer les camotes. Ce fameux charriot est équipé d’une chaudière à vapeur, et quand la vapeu s’échappe par le tuyau, le sifflement aigu jaillit et annonce un repas succulent qui arrive dans la rue.

Los tamales


À l’instar des camotes, les tamales viennent aussi à vous. Au loin, vous entendez une voix nasillarde répètant en boucle « Pida sus deliciosos tamales de Oaxaca, sus deliciosos tamales de Oaxaca ya llegaron, acérquese y pida sus deliciosos tamales de Oaxaca. » (« Commandez vos délicieux tamales de Oaxaca, vos délicieux tamales de Oaxaca sont arrivés, approchez-vous et commandez vos délicieux tamales de Oaxaca » en français), il est donc l’heure de manger un plat typique, un vrai symbole du Mexique. C’est une pâte de maïs garnie de mole, de poulet ou de porc, enveloppé d’une feuille de bananier.

La voix évoqué précédemment est unique, c’est celle d’Elías Zavaleta, un homme de Veracruz venu à la capitale pour vendre ses tamales. Et à force de crier dans la rue pour vendre ses produits, il a préféré s’enregistrer et diffuser sa voix avec un haut parleur. En voulant préserver sa voix, il a fait des émules. Maintenant, à chaque fois qu’un vendeur de tamales approche, c’est la voix d’Elías qu’on entend.

El organillero


Installé à un point stratégique de la ville, l’organillero (le joueur d’orgue de Barbarie en français) tourne sa manivelle pour animer la rue de douces mélodies.

Arrivés d’Allemagne à la fin du XIXème siècle sur le territoire mexicain, ces orgues de Barbarie diffusaient principalement des musiques européennes. Avec le temps, ce sont les musiques mexicaines qui ont pris le pas. De plus en plus, on demande aux joueurs des musiques comme Cielito Lindo ou des tubes de Luis Miguel.

Malheureusement les organilleros sont une espèce en voie de disparition, les gens se baladant de plus en plus avec des écouteurs ou des casques. Mais ces joueurs d’un autre temps ne lâchent rien ! Ils ont une association qui recense pas moins de 337 organilleros dans tout le Mexique. Ces personnages de rue, d’une tenue crème reconnaissable parmi tant d’autres, ont même sollicité le Congrès de la capitale pour être reconnu Patrimoine Culturel en 2024.

El ropavejero / El fierroviejero


Tout comme le vendeur de tamales, c’est une phrase en boucle qui annonce l’arrivée d’un nouveau personnage de la ville. Le ropavejero/fierroviejero que l’on pourrait traduire par « chiffonier », « récupérateur », « ferrailleur », circule en camionnette (type pick-up) pour proposer d’acheter matelas, ferrailles, habits usagés.

L’arrivée de ce récolteur est reconnaissable à sa phrase typique : « Se compran colchones, tambores, refrigeradores, estufas, lavadoras, microondas o algo de fierro viejo que vendan » (« On achète des matelas, des tambours, des réfrigérateurs, des cuisinières, des machines à laver, des fours à micro-ondes ou toute ferraille que vous vendez »). C’est en 2005 qu’un récolteur à demander à sa fille, María del Mar Terrón Martínez, connue comme « la niña del fierro viejo » (la fille de la ferraille), de s’enregistrer pour arrêter de s’époumoner. Et tout comme le vendeur de tamales, maintenant, tous les ferrailleur l’utilisent.

El afilador


Lui aussi est un personnage d’Amérique Latine et notamment du Mexique. El afilador que l’on pourrait traduire par « l’aiguiseur » ou « l’affûteur » se balade dans la ville avec un vélo modifié. Et grâce à ce vélo, il actionne une meule qui lui permet d’affûter les couteaux de ceux qui le désirent.

Pour annoncer son arrivée, il se déplace toujours en jouant du sifflet ou d’une petite flûte qui a un son spécial pour los afiladores.

Voilà donc les sons que j’ai pu entendre lors de ma vie mexicaine. Bien sûr, il en existe bien d’autres comme celui des éboueurs, du camion de gaz, du vendeur de ballons gonflables ou des vendeurs en tout genre. Derrière chaque son, il y a une histoire, un visage, une odeur, une émotion. Tendez l’oreille : vous êtes déjà un peu au Mexique.

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